Témoignage : accueillir un migrant chez soi un weekend

Accueillir chez soi des migrants, qui n’ont pour seul abri que le 115 la nuit c’est possible. C’est ce que nous appelons ‘les répits’ et c’est souvent un superbe temps de partage. Ci-dessous le témoignage d’Emmanuelle. Les prénoms des personnes accueillies ont été changés

Voici un petit compte-rendu de cette première expérience d’accueil qui a eu lieu pour moi ce week-end. 

Je suis allée chercher Paola et sa petite fille de 21 mois Sarah à Angers vendredi soir.

Paola est Angolaise et parle Portugais. Elle est arrivée en décembre à Angers et apprend comme elle peut le français. Elle me dit vouloir s’inscrire à des cours pour s’améliorer. Nous avons discuté un petit peu, avec les limites de la langue et parfois l’aide d’internet. Ayant participé à un jumelage je sais que la communication dans une langue étrangère est enrichissante mais aussi épuisante ! Le silence était parfois aussi bienvenu.

La présence de la petite Sarah pleine de peps a ensoleillé le week-end ! Ma fille a mis de la musique et elles nous ont fait un spectacle de danse… Grands sourires et petit popotin qui remuait dans tous les sens.

Paola quant à elle est restée plus réservée, très respectueuse de la vie de la maison. Dès le premier repas elle m’a demandé où ranger la vaisselle et a gentiment participé aux petites tâches ménagères.

On m’avait expliqué que le principal besoin lors de ces week-ends de répit était le repos. J’ai donc insisté auprès de Paola sur le fait qu’elle pouvait se reposer autant qu’elle le souhaitait.

Elles ont beaucoup dormi, mais il y a aussi eu un peu de pâtisserie, des parties de dames, un tour du jardin avec les poules et le lapin, une petite sortie au festival du cinéma positif qui avait lieu aux Rosiers, suivie d’une pose au salon de thé.

Paola nous a appris une recette de « grand mère » (elle connaissait l’expression !) pour soigner la toux de Sarah (à base de citron, ail, échalote et oignon) et à fait de jolies tresses africaines à ma fille.

Impair de ma part : la sachant de religion chrétienne, j’ai mis du jambon dans des crêpes, Paola ne mange pas de porc ! La prochaine fois je poserai la question !

Elle nous a expliqué un peu sa vie à Angers. L’appel du matin pour un hébergement au 115, l’arrivée le soir à 18h30 devant les grilles à l’extérieur par tous les temps pour ne pas perdre sa place. L’ouverture à 20h et le levé à 7h15 parfois avec un bonjour et un sourire, parfois avec un coup sur la porte et l’injonction de sortir. Les pleurs de sa fille qui voudrait rester au lit, au chaud !

Il y a ensuite la vie dans la rue. La recherche d’abris et les kilomètres parcourus.

Pour Sarah les conditions se sont améliorées. Au départ elle n’avait pas de poussette ni de carte de bus. Elle devait faire tous ses déplacements à pied avec sa fille sur le dos pour aller manger, s’habiller, effectuer les différentes démarches. Un jour une dame d’une association avec un voile sur la tête m’a-t-elle dit, lui a ramené une poussette et on lui a fourni une carte de bus.

La difficulté est encore de rester dans la rue toute la journée avec Sarah, de trouver des abris quand il pleut.

Elle m’a demandé plusieurs fois dans le week-end quand arrivait le printemps, et quel temps il ferait à ce moment là…

Je pense que Sarah était heureuse de quitter pour 2 jours ces conditions difficiles.

Elle m’a dit que son rêve était de faire une formation pour devenir  maquilleuse.

J’ai ramené lundi matin Paola à Angers. Elle voyait l’assistante sociale et espérait obtenir un logement. Elle a répondu à mon sms aujourd’hui : ça n’est malheureusement pas encore le cas.

Ce matin mardi, nous avons regardé avec ma fille le petit reportage concernant la visite du maire et du préfet au chemin de Traverse.

C’était un bon exercice de lecture critique de l’information pour une jeune fille de 12 ans : Une situation exprimée avec les mots de la présentatrice et ceux des politiques qui se posaient en négatif face à ceux de Paola. Paola n’était absolument pas larmoyante mais exposait des conditions beaucoup moins lisses que celles présentée dans le reportage !

Nous avons en tout cas passé des moments très sympathiques et joyeux toutes les 4.

J’imagine que chaque accueil est différent mais pour ce qui est de celui-ci il a été facile et agréable pour nous.

Je ne suis pas beaucoup disponible le week-end prochain, mais j’ai proposé à Paola si elle le souhaitait et n’avait toujours pas de logement de venir se reposer à la maison. Je lui ai expliqué qu’elles seront beaucoup toutes seules. Mais comme elles connaissent la maison je pense que ça ne posera pas de soucis ? Elle m’a dit oui.

Merci

Emmanuelle